COOPER (D.)

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Douglas COOPER 1911-1984

L’historien de l’art Douglas Cooper, mort à Londres à l’âge de soixante-treize ans, fut un grand collectionneur. Né riche, au moins suffisamment pour mener une vie luxueuse sans avoir besoin de travailler, il aurait pu cultiver le goût des arts en dilettante et déléguer à des conseillers le soin de former sa collection. Mais cet excentrique au ventre de Falstaff, au timbre éclatant, à la verve mordante, possédait une personnalité d’envergure, d’une indépendance absolue, certes capable de caprices, de snobisme, de vanité, mais incorruptible en matière de goût. On attendait de lui des épigrammes et des paradoxes, et il s’y adonnait volontiers en privé, plus rarement dans ses écrits. Ce qui domine pourtant ces derniers, c’est d’abord le souci d’exactitude historique, et aussi un attachement intime, convaincu, aux valeurs de la «peinture pure».

Douglas Cooper avait étudié l’histoire de l’art en Angleterre dans les années 1930 et commencé presque aussitôt une sorte de cohabitation orageuse avec les «milieux savants» et les autorités de l’Université et des musées, dont il ne se gênait pas pour dénoncer à l’occasion l’incompétence, en homme que sa fortune met à l’abri des règlements de comptes. En Grande-Bretagne, en France, où il choisit de s’installer, dans toute l’Europe occidentale et aux États-Unis, il allait, pendant un demi-siècle, intervenir chaque fois qu’il le jugerait bon, redouté pour son franc-parler et surtout pour son immense savoir, qui faisait préférer ses arbitrages à ceux des experts professionnels. Il écrivit beaucoup, mais sans hâte, ne publiant qu’en 1954 son premier grand livre, le catalogue raisonné de la collection Courtauld de Londres, dont il étudia les peintures impressionnistes et post-impressionnistes avec une précision érudite jusqu’alors réservée à l’art ancien. Le même esprit et les mêmes méthodes marquent la plupart de ses publications postérieures. Fondées sur une documentation imposante, sinon toujours de première main, elles peuvent aller jusqu’à une certaine sécheresse, inattendue chez ce personnage haut en couleur. Parmi les principales, citons ses monographies sur Braque et sur Picasso, son catalogue de l’œuvre de Juan Gris et son édition de la correspondance de ce peintre, les études de synthèse publiées à l’occasion des belles expositions sur le cubisme qui lui furent confiées en 1971 par le Metropolitan Museum de New York et en 1983 par la Tate Gallery de Londres, un volume traduit en plusieurs langues sur les grandes collections privées, de courts essais ou des éditions de documents sur Toulouse-Lautrec, Gauguin, Nicolas de Staël, etc. Il écrivit aussi un grand nombre d’articles, notamment des comptes rendus d’expositions et de livres. Pour l’essentiel, ces travaux concernent l’art français du XIXe et du début du XXe siècle, et surtout le cubisme, mouvement favori de Douglas Cooper, qui en fut longtemps le meilleur historien. Au-delà, seuls Nicolas de Staël et Graham Sutherland retinrent sérieusement son attention. Quant à l’artle plus contemporain, il n’avait pour lui que sarcasmes.

Cette activité et cet effort intellectuel resteraient cependant peu de chose sans l’autorité du collectionneur. Rassemblée dans le décor à la fois sévère et un peu fou du château de Castille, près d’Uzès — une bastide à plan carré, flanquée de tours, qu’un homme étrange, le baron de Castille, avait, sous Louis XVI, enveloppée de colonnes et de fabriques à l’italienne —, la collection de Douglas Cooper comprenait le plus bel ensemble cubiste jamais concentré dans les mains d’un particulier: plusieurs centaines de peintures et d’œuvres sur papier, acquises pour la plupart entre 1940 et 1960, d’une qualité presque constante, sans ces chutes de tension ou ces écarts de complaisance qui affectent les collections les plus prestigieuses. À chaque pièce correspondait l’œuvre d’un artiste: Braque, avec, entre autres, le chef-d’œuvre de la série des Ateliers , dans la chambre à coucher; Picasso dans les deux salons; Léger dans le cabinet de travail; Gris dans une des chambres d’amis... Sutherland et Nicolas de Staël avaient aussi chacun leur domaine. De précieuses aquarelles de Klee se trouvaient dans l’ancienne chapelle, aménagée en salle à manger. Le mobilier était ancien mais sobre, avec de beaux tapis et quelques objets, comme des médaillons de David d’Angers. Devant la porte d’entrée se tenait une grande figure en bronze de Renoir; au-dehors, une sorte de préau abritait la seule commande du maître des lieux, une composition de Picasso, incisée dans du béton par Carl Nesjar.,

À la fin de sa vie, Douglas Cooper vendit le château de Castille et s’installa à Monte-Carlo, dans un appartement banal, presque sans œuvres d’art. Pendant un an, onze chefs-d’œuvre de sa collection furent déposés au musée d’Art moderne de la Ville de Paris et exposés dans la salle Matisse. L’un d’eux, Trois Nus sous un arbre (1908), de Picasso, a été donné en 1986 au musée Picasso par le fils adoptif de Douglas Cooper, William McCarty-Cooper, qui a légué au même musée (1996) une série de lettres-dessins que Picasso avait adressée à Gaby Lespinasse en 1916. On ignore où se trouve l’ensemble de la collection, qui a été dispersée entre musées et collections privées par des dons, des legs, au cours de plusieurs ventes publiques (Christie’s, Londres, en 1988, Christie’s, New York, en 1992).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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